Entretien avec Manuel Pradal, réalisé par Catherine Mac-Gilvray

Comment est né Tom le cancre ?

J’ai animé un atelier de cinéma autour du Kid de Chaplin dans les écoles de Saint Montan, Viviers, Bourg Saint-Andéol en ardèche méridionale. Il s’agissait de petits exercices d’improvisation, de jeu, de comédie, avec des enfants de 4 à 6 ans. Beaucoup d’enfants ont montré une aptitude artistique précoce et féconde et j’ai souhaité continuer l’aventure ludique et burlesque avec certains d'entre eux durant le bel été qui se profilait sous le sceau de l'association «Lanterna Magica».
Cela rencontrait un moment aussi pour moi où je ressentais le besoin de m'échapper un temps de l'industrie du cinéma pour faire des films autrement, en bénévole, de manière associative ou amateur, en toute liberté. Cette idée a rencontré l'enthousiasme de grands professionnels du cinéma "fatigués" des conditions de travail toujours plus expéditives qui ne leur laissent plus le temps d'exprimer tout leur talent. Ils m'ont rejoint, souhaitant à la fois enseigner aux jeunes, faire passation de leur savoir et raconter des histoires dans le respect dû à cet art…
L'atelier d'été s'est écrit peu à peu sous forme d'exercices, de jeux et puis le récit est devenu plus fort, la matrice de notre travail plus narrative. Nous avons ensuite terminé le récit sans les enfants pour en tirer tout le jus romanesque.
Un beau voyage qui a emmené notre roulotte de saltimbanques des Gorges de l'Ardèche jusqu'au bord de la Méditerranée. Deux ans de travail avec plus de 150 bénévoles.

Comment avez-vous choisi les enfants, tous formidables ?

Sur des critères de réactivité, de sensibilité, de plaisir, d’émotion, et aussi de disponibilité des parents qui nous ont suivis jour après jour, durant l’atelier. Les étapes d’écriture des scènes et leur mise en image se sont enchaînées de manière improvisée, dans un enthousiasme communicatif qui a réuni de manière bénévole beaucoup de grands professionnels du cinéma comme Yorgos Arvanitis, un des plus grands directeurs photos au monde, des acteurs connus et inconnus, des étudiants et les habitants de Saint-Montan.

Quelques mots sur l’histoire.

Une maîtresse en conduisant les enfants à la rivière s’évanouit. Les enfants se perdent dans la nature et rencontrent un enfant fugueur de 14 ans, Tom le cancre, qui vit dans un chêne centenaire et qui leur dit ; “je vous ramènerai chez vos parents quand je vous aurais désappris tout ce que vous avez appris à l’école. S’ensuit une sorte de classe verte dirigée par un maître-cancre, manière de revisiter l’école par la poésie et la drôlerie. Les enfants ont eu le cadre rêvé pour réinventer leur école !!

Les images sont magnifiques, la musique aussi.

Le grand compositeur italien Carlo Crivelli avec qui j’ai fait 5 films est venu nous rejoindre, et stupéfait par le fruit de l’atelier et des enfants, il a sublimé notre aventure avec son orchestre symphonique « Citta Aperta » et ses 70 musiciens. C‘est un cadeau formidable, le film est devenu grâce à lui une sorte d’opéra en culotte courtes.

C’est la première fois que vous filmez dans votre Ardèche natale.

Oui, j’ai aimé promener ma caméra aux quatre coins du monde, mais ayant moi-même deux enfants en bas âge, j’ai trouvé que c’était le moment de filmer mon village de Saint Montan, si photogénique, ensoleillé par les enfants.
Je dois saluer le soutien de la municipalité de Saint-Montan et de son maire Alain Carraro, ainsi que de l’«Association des enfants et amis de Saint-Montan » présidée par Marcel Armand. Sans leur aide logistique, nous n’aurions pu accueillir autant de personnes autour de cette initiative culturelle sans précédent.

Le succés de Tom dans les festivals augure d’une belle sortie en salles ?

Les festivals du monde entier réclament notre petit cinéma amateur. Nous avons représenté la France à côté de films commerciaux prestigieux à Rome, Shanghai, Séoul, Rio de Janeiro (prix du public), Tromso, Montréal, Mons, Chicago... et cela continue. Les enfants sont invités, c'est une magnifique aventure pour eux. La sortie salles est plus compliquée car comme cinéma amateur ou associatif à but non lucratif, nous ne rentrons pas dans les codes et obligations du CNC qui régit le parc de salles en France. Alors loin de nous démonter, nous avons imaginé mille lieux alternatifs pour montrer Tom le cancre, toujours dans le cadre de notre association «Lanterna Magica», avec le partenariat des communes sans cinéma. Il faut savoir que 95% des communes de moins de 10 000 habitants n'ont pas de cinéma. C'est vers elles que nous sommes allés en leur proposant l'opération "le cinéma fait le mur, le mur fait son cinéma". Nous allumerons la bougie du cinéma avec Tom le cancre à partir du 6 juin dans un rendez vous festif et ludique sur milles murs et autres inventions d'écrans. (voir le site: www.lecinemafaitlemur.com) Dans un deuxième temps, Tom sera disponible sur notre site tomlecancre.com et en partenariat éditorial avec une revue jeunesse.